POUR LA MAITRESSE DE L'ABIME CHANTANT

Par Don Fabulist

Il fut un temps où le ciel était si proche de la terre qu’on pouvait le toucher de la main. On vivait une époque de plénitude : le ciel offrait au monde toute sa richesse. Mais il finit par s’éloigner pour faire place à l’abîme. L’enfer s’enracina sur terre, véritable pandémonium où l’homme fut condamné à travailler et à survivre sous le joug d’un Temps barbare. Il chercha alors vainement un subterfuge pour recouvrer son éden perdu.

Pourtant, les errants qui ne trouvent jamais de pied-à-terre jouissent encore des liens privilégiés qui unissaient le ciel et la terre. Habitués à l’obscurité de leurs rondes de nuit, ils s’émerveillent du scintillement des étoiles, supports de leurs rêves inimaginés. Ils réécrivent un langage inspiré de l’autrefois. Ils sont passeurs, passants qui décrient d’une voix profonde les besoins qui enchaînent le monde. Pour ces amoureux de la beauté, ils ont imposé à l’enfer un devenir qui chante. Cet Abîme, Chantant, est constellé de contes anciens et de récits inspirés des poètes maudits. Les chants désespérés sont les chants les plus beaux, ils disent leur attachement à un voyage imaginaire qui leur fait oublier la fuite irrémédiable du Temps.

De par son improbable langage, Don Fabulist laisse planer le secret de ses origines. Cette transculture de l’espace et du temps des légendes au coin du feu, l’entraîne de plain-pied dans L’Abîme Chantant. Bref, Don Fabulist s’exprime avec bonheur en ‘Bric-à-Brac’, un mélange de français et de langues désuètes (Bargoens).

De plus, il illustre ses prestations de rythmiques et de sonorités multiformes que l'on peut qualifier d'instinctives. Comme la meule millénaire incontournable pour la confection du pain, le bourdon lancinant de la pierre devient incantatoire. Cérémonie secrète, langage d'initiés, bâton, gestes, paroles et cri primal s'identifient au mouvement. Il communie ainsi avec l’âme vraie du récit et de la poésie. Même dans les contes traditionnels, Il veut rejoindre l’esprit et la verve d’Antonin Artaud, de Charles Baudelaire et de François Villon, ses livres de chevet. Car c’est dans un univers d’obscurité que les étoiles peuvent fuser dans tout leur éclat.

Extrait :

Pour la Maîtresse de L’Abîme Chantant - Don Fabulist from Minske van Wijk.